Ma France : adieu à Jean FERRAT

 

Comment peut-on être français : adieu à Jean Ferrat

 

 

 

 

« Il est dans le chant de Jules Supervielle, comme de très peu de poètes, Valmore ou Du Bellay parfois, un palpitement, une haleine des prés, la nuit des cils baissés... Comme  nous vous écoutions [...], en ces temps brutaux de la honte, ô vers émerveillés, simples comme le vent :

 

Les couleurs de ce jour sont tristes sans la France,
Le bleu et le lilas, le vert, le violet
Ne trouvant en ces lieux rien à leur convenance
Demeurent suspendus, ne savent se poser. 
»

[Jules Supervielle]

Aragon, Chroniques du Bel canto, 1946.

 

 

Le chant engagé

 

 

Ma France

                                                                                                                                                  

 

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons

Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe
la Provence
Des
genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France

(Paroles et Musique: Jean Ferrat, 1969 -  "Jean Ferrat - Vol.1 (1999)"

 

Site : http://paroles.abazada.com/chansons,jean-ferrat,1360.htm

 

Site de référence pour le clip : http://www.youtube.com/watch?v=CN3O6vZh_Mk&feature=related

 

 

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Le mystère du chant.

 

« Il y a des lieux qui comblent le cœur comme fait un air, qui ont la chaude plénitude de sanglots, cette lueur d’avant la nuit dans l’été d’enfance, ce mystère banal d’un oiseau soudain qui se laisse approcher, je ne sais quoi du rêve aux yeux ouverts inexplicablement pour moi lié aux violettes éparses... Il y a des lieux où chante même le silence... »

Aragon, Chroniques du Bel canto, 1946.

 

                                                                                                                                       

Nul ne guérit de son enfance                                                                      

 

(...) Les napperons et les ombrelles
Qu'on ouvrait à l'heure du thé
Pour rafraichir les demoiselles
Roses dans leurs robes d'été
Et moi le nez dans leurs dentelles
Je respirais à contre-jour
Dans le parfum des mirabelles
L'odeur troublante de l'amour

Nul ne guérit de son enfance

Le vent violent de l'histoire
Allait disperser à vau-l'eau
Notre jeunesse dérisoire
Changer nos rires en sanglots
Amour orange amour amer
L'image d'un père évanouie
Qui disparut avec la guerre
Renaît d'une force inouie

Nul ne guérit de son enfance

Celui qui vient à disparaître
Pourquoi l'a-t-on quitté des yeux
On fait un signe à la fenêtre
Sans savoir que c'est un adieu
Chacun de nous a son histoire
Et dans notre cœur à l'affût
Le va-et-vient de la mémoire
Ouvre et déchire ce qu'il fût

Nul ne guérit de son enfance

Belle cruelle et tendre enfance
Aujourd'hui c'est à tes genoux
Que j'en retrouve l'innocence
Au fil du temps qui se dénoue
Ouvre tes bras ouvre ton âme
Que j'en savoure en toi le goût
Mon amour frais mon amour femme
Le bonheur d'être et le temps doux

Pour me guérir de mon enfance

 

 

 

Voir le site  http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/chanson/20100313/18310/jean-ferrat-rafle-a-79-ans

 

Pour le clip le site : http://www.youtube.com/watch?v=XuiEQ09ceiQ&feature=related

 

 

 

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Une mythologie du pays qui s’en va

 

« Entre le roc et le roc, s’accroche la petite vigne. Le châtaignier, sans terre, se tient en serrant le pur caillou de ses racines, sobre et courageux végétal ; il semble vivre de l’air, et comme son maître, produire tout en jeûnant.

Je sentis tout cela, lors qu’au mois de mai 1844, allant de Nîmes au Puy, je traversais l’Ardèche ; cette contrée si âpre où l’homme a créé tout. »

Michelet, Le Peuple,  Première partie, chapitre 1 « Servitudes du paysan ».

 

 

La montagne                                                                                       

Paroles et Musique: Jean Ferrat, 1964  "Jean Ferrat - Vol.1 (1999)"                                            

 

(...)

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l'autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n'y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l'on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

 

 

Site pour le texte : http://paroles.abazada.com/chansons,jean-ferrat,1360.htm

 

Site pour le clip : http://www.youtube.com/watch?v=_mDBQ8DIwy4

 

G. B. (Georges Biseux), 14 mars 2010.

 

 

 

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