Drôle d'accueil...des vacances en France qui commencent mal..

Bienvenue  en  France

 Mardi 15 juin, 12h40, aéroport de Saint-Exupéry. Nous attendons Isaïe, ainsi que Fleur et la petite Lydie (7mois) qui arrivent de Ouagadougou, via Alger. Isaïe a pris un mois de congé pour venir faire découvrir la France à sa petite famille, il est si heureux de retrouver ce pays qu’il aime tant, où il a vécu pendant 2 ans, et de revoir tous ses amis ! Il a obtenu son visa il y a seulement quelques jours. L’ambassade le leur a délivré sans problème, il a fourni tous les documents nécessaires, nous lui avons envoyé un certificat d’hébergement et une attestation de prise en charge  stipulant que nous nous engagions à assurer tous leurs frais pendant leur séjour.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Enfin, en principe….

Première ombre au tableau : l’atterrissage du vol en provenance d’Alger, initialement prévu pour 12h 40, est annoncé avec un retard…indéterminé, suite à une grève des aiguilleurs du ciel.

Michel, qui a une réunion en mairie à 19h pour l’inauguration du site Internet, commence à s’inquiéter.

2h30 et quelques cafés plus tard, l’avion est enfin annoncé. Il est 15h20. Ouf ! On est encore dans les temps.

Nous attendons à la sortie de la salle des bagages. Les passagers sortent de façon sporadique, il ne semble pas y avoir grand monde dans l’avion, car seule une petite vingtaine de personnes attendent la famille ou les amis . Bizarrement, je ne vois sortir que des personnes de couleur blanche, aucun Noir, pourtant il y a des passagers en provenance de Ouagadougou. J’ai un petit pressentiment désagréable.

Il est 16h, et Isaïe n’est toujours pas apparu. Cette fois plus personne ne sort de la salle des bagages, il n’y a plus que nous dans le hall, et un monsieur noir qui attend sa maman qui vient de Ougadougou. Il s’inquiéte de ne pas la voir sortir. Nous aussi nous commençons à nous inquiéter..

Nous demandons à un douanier qui passe dans le couloir s’il reste encore des passagers dans la salle. Aimablement il nous dit qu’il va voir.

Michel décide alors de monter au comptoir d’Air Algérie pour vérifier qu’ils sont bien sur la liste des passagers du vol. Moi je reste à attendre au cas où nos amis arrivent.

Le gentil douanier sort enfin et me dit qu’il n’y a plus personne. Devant ma mine défaite, il me conseille de me rendre au poste de police, 1er étage, au fond du couloir à gauche,car ils ont peut-être eu, d’après lui, des « problèmes » avec la police !

Au moment où je m’apprête à appeler Michel sur son portable, celui-ci arrive en courant, bouleversé. « Viens vite, me crie-t-il, il faut aller au poste de police, on est en train de les refouler . La dame d’Air Algérie m’a dit de me dépêcher d’aller les aider ».

J’ai le souffle coupé et les jambes qui flageollent, mais ce n’est pas le moment de défaillir ! On s’évanouira plus tard ! Avec Michel nous montons l’escalier 4 à 4 et nous nous mettons à courir dans le couloir comme des « dératés ». Je crois que j’ai battu le record olympique, je cours tellement vite que j’en ai perdu le gilet que j’avais sur les épaules et que je n’ai jamais retrouvé.

Enfin nous arrivons devant une porte blindée et peu engageante ; « Police des frontières ». Je me mets à tambouriner comme une folle à la porte, Michel, plus calme que moi , appuie sur la sonnette. La porte s’ouvre et nous entrons dans un couloir. Un policier vient à notre rencontre en se déhanchant façon « Rambo » et nous demande ce qui nous amène. Encore tout essoufflés  nous lui disons que nous attendons des amis du Burkina, et que nous sommes inquiets de ne pas les avoir trouvés. « Un jeune couple avec un bébé ? Oui, ils sont au poste », nous répond-il nonchalamment. Nous lui demandons pourquoi, puisqu’ils ont un visa, et que tous leurs papiers sont en règle « Effectivement , nous dit-il, mais  nous les renvoyons parce qu’ils n’ont que 100€  sur eux. Vous comprenez, madame, me dit-il avec condescendance, que l’on ne peut pas lâcher dans la nature un couple avec 100€ en poche ! »

Je bouts intérieurement mais j’essaie de garder mon calme en lui disant qu’ils ne sont pas « lâchés dans la nature », mais qu’ils sont hébergés chez nous et que nous les prenons en charge pendant tout leur séjour. Ils ont d’ailleurs sur eux notre attestation de prise en charge. « Ce papier n’est pas valable,  madame » .

Toutefois,devant notre insistance, le policier capitule , en nous disant que si nous nous engageons à les prendre en charge, il va les relâcher.

Il se rend alors dans le bureau  en criant « les garants sont arrivés ». On nous laisse encore « poireauter » une demi-heure dans le couloir, sans nous donner de nouvelles, avant qu’enfin, notre petite famille nous rejoigne, et nous tombons tous dans les bras les uns des autres sous les yeux agacés du policier .

Que s’est-il passé exactement ? Résumons :

Dans l’avion il n’y avait que trois passagers burkinabés : Isaïe, Fleur (et Lydie) et une dame âgée.

A la descente, au contrôle des formalités, on leur a demandé de montrer l’argent dont ils disposaient. (Je précise que l’on n’a exigé cela que des  trois passagers noirs de l’avion.)

La dame qui avait 1000 euros sur elle a vu son visa accordé pour 2 mois ramené à 18 jours car ils ont déclaré que l’on ne pouvait pas vivre plus longtemps en France avec cette somme (alors qu’elle venait chez son fils ) . Comble de l’ironie, il faudra qu’elle s’acquitte d’une pénalité de 50 € pour avoir fait modifier sa date de retour !!!

Quant à Isaïe et Fleur qui n’avaient que 100€, on a décidé tout simplement de leur faire reprendre illico l’avion suivant avec leur bébé , après 15 heures de vol et d’attente , malgré les protestations d’Isaïe qui disait que nous l’attendions. Ils n’ont même pas eu la délicatesse d’essayer de nous prévenir, soit en nous envoyant chercher, (nous étions à l’étage en dessous du poste) soit en nous appelant sur notre portable. Sans l’employée d’Air Algérie qui a averti Michel qu’elle venait de recevoir un coup de fil de la police pour retenir leur place dans le prochain avion de retour, nous n’aurions été au courant de rien !

Depuis nous nous sommes remis de toutes ces émotions, mais nous nous posons tout de même des questions devant une telle attitude, devant un tel mépris, non seulement envers les étrangers en situation régulière qui arrivent en France, terre d’accueil, mais aussi envers ceux qui les reçoivent.

Au Burkina, lorsque nous présentons nos papiers à l’aéroport, l’employé nous sourit et nous souhaite :

Bonne arrivée !

A méditer…

 

 

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