Rythmes scolaires : 5 jours de classe par semaine ?

Cinq jours de classe par semaine, pourquoi pas ?

La rentrée scolaire de septembre, c'est déjà là.

Sont réunis pour engager un débat

- Les textes officiels récents (le BOEN : Bulletin officiel de l'Education nationale),

- Des points de vue de spécialistes des rythmes scolaires et de l'apprentissage,

- Des réactions de fédérations de parents d'élèves,

- Le regard d'un adjoint aux affaires scolaires d'une grande ville.

... Et pour un prolongement de la réflexion, des références à plusieurs sites, dont celui du Café pédagogique.

G. B. (Georges Biseux, en équipe) 

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A la rentrée de septembre 2010

 

Dans le primaire, 9 demi-journées par semaine ?

(soit l’équivalent 157,5 jours de classe au lieu de 140 actuellement)

 

« Les recteurs et les inspecteurs d'académie seront attentifs à la gestion des rythmes scolaires, en relation avec les collectivités locales, les parents d'élèves et les enseignants. En visant avant tout l'intérêt de l'enfant, ils étudieront les formules les plus adaptées aux besoins de l'élève. L'organisation de la semaine en neuf demi-journées (du lundi au vendredi en incluant le mercredi matin) est encouragée chaque fois qu'elle rencontre l'adhésion. »

 

Bulletin officiel n°11, 18 mars 2010.

Site http://www.education.gouv.fr/cid50863/mene1006812c.html

 

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140 jours : un Munich pédagogique ?

[...]

[Si des pays] « obtiennent les meilleures performances », c'est parce qu'ils répartissent les heures de classe dans toute la semaine. Vingt-quatre heures sur six jours sont beaucoup plus efficaces que sur quatre : tout le monde le sait. Du professeur Debré au docteur Hubert Montagner, les médecins ont répété que six heures de classe pour des enfants de moins de 8 ans, c'est trop pour être efficace.

Avec trente-six semaines de quatre jours, l'Ascension, le lundi de Pentecôte, le 1er et le 8 mai, le 11 novembre, cela fera moins de 140 jours de classe par an. II y en a 210 au Japon, 200 en Italie et au Danemark, 188 en Finlande, 190 en Grande-Bretagne. Et l'on se plaint du niveau des petits Français ? II n'y a qu'une chose vraiment importante en éducation : c'est le travail des élèves.

[...]

Avec un cinquième de temps en moins, il leur faudrait un an de plus. Et qu'on ne nous raconte pas qu'on va se concentrer sur les « fondamentaux », alors qu'on ajoute encore des matières. Et les parents d'élèves ? Ce sont les premiers intéressés. Trop contents de disposer du samedi matin, ils se sont bornés à des protestations de principe. Mais on pouvait leur donner cette matinée en prenant celle du mercredi ; un tribunal administratif vient de statuer que c'était compatible avec le catéchisme.

[...]

Et les enseignants ? Rendons-leur cette justice : ils n'ont rien demandé. Les institutrices sont les premières inquiètes. Elles qui font travailler les élèves - car la classe n'est pas un cours -, elles mesurent mieux que quiconque l'impossibilité de faire plus avec moins et elles savent qu'on les rendra responsables, demain, des échecs de l'école. Mais comment refuser un cadeau pareil ? Et pourtant, cette mesure compromet, plus que bien d'autres qui provoquent des grèves, l'enseignement de haut niveau et la qualité du service public que les syndicats prétendent défendre. [...]

Antoine Prost, « Un Munich pédagogique », Le Monde du 28 mai 2008.

 

Ce texte donna lieu à une pétition des Cahiers pédagogiques en juin 2008, « Evitons la catastrophe ! », qui exigeait « l’annulation de la mesure et une vraie concertation sur le volume et l’organisation du temps scolaire ». Il a inspiré d’une certaine manière ceux que l’on appelle « les désobéisseurs ».

 

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Dans l’organisation actuelle, « les enfants ne sont pas respectés »

[...]

Les dégâts occasionnés par la semaine scolaire de quatre jours et les autres réformes imposées en 2008-2009 par le Ministre de l’Education Nationale

 

Alors que les programmes sont restés globalement très lourds, il faut que les enseignants fassent en quatre jours ce qu’ils faisaient en quatre jours et demi lorsque le samedi matin était scolarisé. Disposant de moins de temps et désireux de transmettre d’abord et surtout les savoirs et connaissances dans les «matières » dites fondamentales, c’est-à-dire le français, le calcul et les mathématiques, ils leur consacrent logiquement plus de temps au cours de chaque journée. Ce qui réduit évidemment la quantité de temps disponible pour l’enseignement des autres savoirs et connaissances [...] mais aussi pour la détente physique et mentale, la « décompression », les activités ludiques, les moments d’interactions accordées (ajustements mutuels des comportements, émotions, états affectifs, rythmes d’action…), les jeux de rôle, le théâtre…

[...] Au total, la « charge » des apprentissages fondamentaux [au CP] dans la journée est de 3h.45 sur 5h.30 de temps pédagogique, c’est-à-dire plus de 60% du temps d’enseignement. Si on ajoute le temps pédagogique qui se prolonge en classe au delà de 16h.30 et la durée des devoirs à la maison, on peut estimer que, dans la grande majorité des cas, le temps journalier consacré au travail scolaire varie entre sept et huit heures. Pourtant, les recherches montrent que les enfants du cours préparatoire ne sont vraiment vigilants, attentifs, réceptifs et disponibles que pendant trois heures ou 3h.30 au maximum, [...] On peut estimer que les enfants de CM1 et CM2, âgés de 9 à 11 ans, le sont pendant 4h.30 ou 5 heures au maximum.

 

La situation s’est aggravée avec l’institutionnalisation d’une « aide personnalisée » de trente minutes par jour aux enfants en difficulté scolaire … à l’un ou l‘autre de trois moments qui se caractérisent par la plus faible vigilance, les plus faibles capacités d’attention, la plus faible réceptivité et disponibilité et/ou la fatigue maximale, c’est-à-dire après la classe à 17h.00 (les enfants sont alors épuisés et saturés intellectuellement), pendant la « pause méridienne » alors que l’éveil cortical (du cerveau) est déprimé, ou le matin avant l’entrée en classe (il faut alors aux enfants en difficulté plus de temps qu’aux autres pour redevenir peu ou prou vigilants, attentifs, réceptifs et disponibles). Si on ajoute ce temps « d’aide personnalisée » aux précédents, la durée de la journée scolaire est supérieure à sept [heures] trente minutes, le plus souvent huit heures [...]

 

Autrement dit, les enfants ont de moins en moins de temps personnel pour jouer, « rêvasser », rire, crier, se faire plaisir, «entrer dans le mouvement pour le mouvement » (« faire les fous »), partir à la découverte de l’environnement … être «tout simplement » des enfants.

[...]

 

Extrait de Délaissés, ignorés ou maltraités, les enfants de France ne sont pas respectés. Par Hubert Montagner. Dans Le Café pédagogique.

SITE http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/04/0704_HubertMontagner.aspx

 

 

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Pourquoi et comment revenir à 4,5 journées ou à 5 journées par semaine ?

 

Rythmes scolaires, semaine de 4 jours :

le débat doit reprendre... ou plutôt commencer

 

[...] Il y a tout juste un an et demi, l'ancien ministre Xavier Darcos supprimait par décret l'école le samedi matin, et le président de la République imposait les quatre jours" sans un report sur les autres jours de la semaine".

Avec 140 jours d'école, la France détenait ainsi l'année scolaire la plus courte d'Europe et, paradoxalement, l'un des plus grands nombres d'heures de classe [840 heures, soit 6 h. par journée de classe].

Sourds aux nombreuses voix qui s'élevèrent ensuite pour dénoncer cette réforme, aux appels à expérimentations, aux offres de dérogation, les autorités scolaires ont verrouillé le débat local et contraint 95 % des écoles du pays à appliquer cette organisation.

"L'aménagement de la semaine scolaire n'est pas en cohérence avec les connaissances de la chronobiologie de l'enfant, et cela à tous les niveaux de l'organisation, journée, semaine ou année scolaire", a déclaré  l'Académie de médecine***, préconisant le retour à une école sur cinq jours, un trimestre articulé autour de sept semaines de travail pour deux semaines de congés, et la réduction des congés d'été.

Soudain, changement de cap au ministère : Luc Chatel demande aux autorités académiques d'encourager l'école le mercredi matin (Bulletin officiel du 18 mars).

[...] Contraire aux préconisations de tous les experts, cette mesure qui a été prise dans la précipitation, sans concertation, a un effet désastreux. "Vous mettez à mal le rythme de vie des enfants" s'exclame Philippe Meirieu, "c'est de la maltraitance" s'insurge le professeur Montagner, en expliquant que la disponibilité cognitive d'un enfant de 6 ans ne dépasse pas trois heures par jour, celle d'un enfant de 10 ans quatre heures, et qu'un élève en difficulté aura déjà décroché bien avant, Pourtant la résistance s'était installée. Les fédérations de parents d'élèves, FCPE en tête, ont réagi vigoureusement, la ville de Grenoble a été l'une des premières à inviter au débat ses huit mille parents d'élèves et les enseignants par le biais de quinze rencontres de proximité. [...] Le Réseau français des villes éducatrices, l'Inspection générale de l'éducation nationale ont tiré la sonnette d'alarme, mais il n'a été possible, nulle part, de faire bouger les lignes.

Car le changement d'organisation de la semaine scolaire est un vrai chantier. Dans le cadre d'un projet de mise en place de l'école le mercredi matin, l'ensemble des partenaires éducatifs est impliqué : l'équipe enseignante devra repositionner le nombre d'heures journalier et les emplois du temps, la commune reconsidérer le temps de pause méridienne, les activités périscolaires et reconstruire une continuité éducative le mercredi après-midi avec les centres de loisirs ; les associations revoir leurs offres culturelles, sportives, confessionnelles du mercredi matin. L'éducation nationale devra réexaminer ses offres de formation et réajuster le remplacement des enseignants en cas de rythme différent sur un même territoire ; les parents d'élèves poseront leurs exigences en termes de qualité et d'amplitude de garde… Bref, un chantier complexe, délicat et enthousiasmant, qui supposerait la collaboration, au même titre, de tous les acteurs éducatifs autour de l'enfant.

Mais il serait illusoire de demander à chaque conseil d'école de s'engager dans une telle démarche. Car actuellement, la seule possibilité de déroger à la semaine de quatre jours dépend d'une décision majoritaire du conseil d'école. On peut facilement comprendre la difficulté de concilier les opinions de tous les acteurs : enseignants, parents, commune, sur des enjeux aussi essentiels. A cela s'ajoute la nécessité d'un positionnement conjoint entre école maternelle et élémentaire, et par extension une cohérence au niveau du quartier, voire de la ville entière.

Dans cette situation, peu de changements sont vraiment à attendre.  Aussi ce revirement ministériel n'aura-t-il pas d'effet tant qu'une concertation de l'ensemble des partenaires éducatifs ne sera pas mise en place. Un syndicat d'enseignants demande une conférence de consensus, le Réseau français des villes éducatrices propose d'expérimenter une autre semaine scolaire, l'Association des maires des grandes villes françaises, l'Association des maires de France et les fédérations de parents d'élèves veulent relancer le débat.

Seule la mise en place d'une mission gouvernementale, associant toutes les composantes concernées par l'aménagement de la semaine scolaire, chargée d'explorer les différentes hypothèses, dans une démarche de concertation, permettra sans doute d'apaiser les colères et de proposer des pistes qui respectent le rythme de vie des enfants et de leur famille.

 

Paul BRON, Le Monde, 8 avril 2008.
Paul Bron est adjoint au maire de Grenoble, chargé de l'éducation.

 

 

 

 

*** SITE de l’Académie de médecine

 http://www.academiemedecine.fr/detailPublication.cfm?idRub=26&idLigne=1768

 

 

 

 

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Additif 

 

Etats-généraux de la sécurité à l’école : Les parents entre espoir et insatisfaction

 

Au lendemain des Etats généraux de la sécurité de l'école (EGSE), Jean-Jacques Hazan, président de la première association de parents d'élèves, la Fcpe, manifeste une déception mesurée. Déception sur l'avenir de la formation des enseignants. Mais sentiment d'un recul gouvernemental sur la question des rythmes scolaires.

 

Pour lui, " c'est la réforme de la masterisation qui pose problème… Comment obliger à cette formation à la conduite de classe dans le cadre actuel : la circulaire de décembre ne la prévoit pas, le concours non plus". Sur la question des rythmes scolaires : "Oui, nous avons un recul gouvernemental, ne nous y trompons pas. A ceux qui ont critiqué la violence et le contenu de la mesure unilatérale de X Darcos, nous disons : il y a maintenant un moyen de reconquérir et redonner la place a ce temps scolaire, d'en finir avec cette mesure contre l'école et les élèves qui a été mise en place en 2008 contre toutes les volontés exprimées".

Lire l'entretien avec JJ Hazan

 

Du coté de la Peep, on estime que "le constat est amer". L'association "reste sceptique et sur sa faim quant à l'ensemble des mesures annoncées". La Peep aurait voulu de s mesures sur "l'absentéisme et le temps de présence des enseignants, le calendrier scolaire inadapté aux rythmes (des) enfants, l'orientation par défaut, le système d'évaluation discriminatoire" et même "les dégâts auprès des jeunes d'un discours qui prône la désobéissance et le désordre"...

 

Le Snpden, premier syndicat de chefs d'établissement, regrette "le retour à une tonalité sécuritaire qui n'était celle ni des Etats généraux, ni du discours prononcé par Luc Chatel en ouverture". Mais le syndicat souhaite participer aux discussions qui vont suivre les EGSE.

 

 

 

Voir le Dossier sur les Etats généraux de la sécurité de l'école

SITE http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/EtatsGenerauxSecuriteEcole.aspx

 

 

 

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